L'organisateur du Dakar est Amaury Sports Organisation. Cette société s'appelait auparavant Thierry Sabine Organisation (TSO) du nom du créateur du défi. La mise en oeuvre de ce qui est l'épreuve sportive mécanique la plus imposante du monde, toute catégorie confondue, demande bien entendu de l'expérience, des moyens mais aussi beaucoup d'espace.
C'est pour cette raison que le contrôle technique se tient dans l'enceinte de La Rural, centre d'exhibition bien connu de Buenos Aires. Une partie des locaux est réservée aux stands administratifs qu'il faut visiter un á un afin d'y obtenir un tampon sur la feuille de course. Entre les documents du véhicule, les permis et licences FIM, les certificats médicaux, les justificatifs de stage de navigation et de sécurité, le casque, les formalités douanières et finalement l'aspect comptable, se sont environ une vingtaine de stand où se pressent les pilotes et assistances, parfois ralentis dans leur course par la rencontre d'un vieil ami.
Catherine qui m'a rejoint á Buenos Aires le 31 décembre, m'accompagne aujourd'hui grâce au bracelet que j'ai pu lui obtenir la veille auprès de Nelly d'A.S.O. En effet l'accès á la Rural est restrictif dans la zone compétition. Catherine sera extrêmement efficace pour repérer les stands les plus fluides. Je suis en effet tellement embrumé par le plaisir d'être ici que j'en perds même mon casque au stand FIM. Il faut dire aussi que je suis très inquiet. En effet, le Québec est apparemment le seul pays qui ne délivre pas de certificat de circulation pour les machines d'enduro. Or, les motos inscrites dans un rallye raid doivent être légalement conformes pour effectuer les parcours de liaison. On imagine mal une machine conçue pour un usage routier participer au Dakar. Pour contrer cette mesure de "lobbyiste aseptiseur', j'adopte mon air le plus détaché au moment de présenter mon certificat dont le numéro commence par les deux lettres les plus inutiles d'une société conservatrice: VM, c'est á dire usage de loisir dans son jardin. Etant pére de famille, je suis plus inquiet de voir mon jeune fils devant des dessins animés violents plutôt que de l'imaginer sur une moto. Dieu merci, l'Argentine est encore un grand jardin et ma WR450F est là pour donner du plaisir á ceux qui savent rêver. J'obtiens donc ce tampon sans aucun problème.
Ce n'est qu'une fois la feuille de course entièrement tamponnée que l'on est autorisé á pénétrer avec sa machine dans la partie technique autour de laquelle le public est autorisé. Le chemin est délimité par des barrières derrières lesquelles plusieurs centaines de personnes se bousculent. Je m'avance dans ce corridor entouré par Catherine et Cyril, mon mécanicien. Je suis assez ému et intimidé á la fois par cette foule imposante. Il ne s'agit pourtant là que d'une formalité technique, mon inquiétude ayant disparue au moment de recevoir le fameux tampon. Pourtant je ne suis pas au bout de mes surprises...
La moto vient de passer le stand des dossards de course, et je m'avance pour subir le test de nuisance sonore. Le juge positionne son stéthoscope sur le cadre pour mesurer la fréquence requise, alors que le microphone situé á une distance réglementaire enregistre 102 décibels. La limite autorisée étant de 96 décibels, corrigée á 98 en milieu fermé, est royalement dépassée. Le juge me notifie que je dois modifier ma ligne d'échappement. Je ne fais aucun effort pour essayer de lui faire changer d'avis. Je reste calme et courtois, mais déjà mon regard scrute aux alentours pour essayer de localiser Gilles Tixador, notre team manager. Pendant que Cyril manoeuvre la moto, Gilles nous rejoint accompagné de 2 autres mécaniciens.
Ce qui devait être normalement un sérieux problème va se convertir en un jeu extrêmement divertissant pour nous et pour le public devenu très curieux.
Nous essayons tout d'abord d'enfiler une boite de Red Bull dans le silencieux. C'est sans compter sur la compression énorme de ces machines. La boite est catapultée á plus de 5 mètres. Nous partons á rire, encouragés par les éclats du public. Il faut trouver autre chose. Notre choix se porte alors sur un anneau de pâte á souder. Il faut que ça tienne 5 minutes, pas plus. Nous nous représentons devant le contrôle. Nos efforts nous ont fait gagner...... 1 décibel. L'aiguille n'affiche plus que 101 décibels, soit toujours 3 de trop.
Le juge est un homme admirable de bon sens. Il nous fait remarquer qu'une machine de rallye fait forcement du bruit et que le public adore cela. Alors si c'est au goût du public, c'est á son goût. J'obtiens un tampon de plus sous l'acclamation de la foule satisfaite de ce spectacle.
Le contrôle est maintenant terminé. Il aura duré 5 heures. Il me reste á conduire la moto au parc fermé où elle passera la nuit en compagnie de tous les véhicules de course. Il me faut pour cela accomplir une dernière formalité, c'est á dire le podium TV. Le présentateur m'interroge en Anglais et dans un Espagnol presque parfait, je lui réponds que ma moto porte les couleurs de l'Argentine, pays oú j'ai vécu plusieurs années, et du club de football de Boca. Les cris de la foule en délire couvrent le ronronnement du moteur et la voix du speaker.
Je garderais ces émotions en mémoire, principalement cette étrange sensation de silence au moment de quitter la moto. Je suis heureux d'avoir partagé cette journée avec Catherine qui s'est amusée énormément.
