Raconter une expérience aussi intense que celle vécue au cours du prologue á Buenos Aires n'est pas chose facile. Il faut tout d'abord ne pas tomber dans le mélodrame et ensuite faire imaginer la densité de personnes réunies pour le même objectif... Être là.
Être là!... Cela peut paraître évident, pourtant ça ne l'est pas á mes yeux. On peut s'attendre en effet á ce que les passionnés de sports mécaniques se lèvent très tôt le matin pour voir défiler les véhicules et les pilotes dont ils connaissent déjà les caractéristiques pour les avoir parcourues dans les revues spécialisées ou bien plus communément sur Internet. Pourtant, ils étaient 500.000 hommes, femmes et enfants de tous âges á affronter les embouteillages, les bousculades et l'attente interminable sous une chaleur accablante, pour tout simplement voir passer furtivement des gladiateurs casqués et d'avoir le sentiment d'être là, de faire partie de l'histoire.
Être là!... Cela peut paraître évident, pourtant ça ne l'est pas á mes yeux. On peut s'attendre en effet á ce que les passionnés de sports mécaniques se lèvent très tôt le matin pour voir défiler les véhicules et les pilotes dont ils connaissent déjà les caractéristiques pour les avoir parcourues dans les revues spécialisées ou bien plus communément sur Internet. Pourtant, ils étaient 500.000 hommes, femmes et enfants de tous âges á affronter les embouteillages, les bousculades et l'attente interminable sous une chaleur accablante, pour tout simplement voir passer furtivement des gladiateurs casqués et d'avoir le sentiment d'être là, de faire partie de l'histoire.
Ce 2 janvier, la première moto démarre. Il est 16 heures et il fait encore très chaud. Le parcours entre le parc fermé, le podium situé sur l'avenue 9 de Julio et retour au parc fermé, soient 5 petits kilomètres, demandera aux pilotes 1h30 de concentration afin d'éviter le pire.
Je suis convoqué au CP á 17h12. Dés le passage de la grille, un couloir humain est formé sur des dizaines de rangés. Je pense d'abord que la foule s'est tassée á cet endroit stratégique, mais rapidement je découvre que cela va en empirant au fur et á mesure que je me noie dans cette marée humaine. Je commets l'imprudence de m'arrêter. Immédiatement je suis assaillit par des dizaines de mains qui m'agrippent de toute part. Je craints pour mon bras gauche car si je lâche l'embrayage, les 200 kilos de la moto vont bondir sur la foule où les enfants sont nombreux. D'autre part, le pot d'échappement est déjà ardent bien que je vienne á peine de partir. Je me risque á avancer avec douceur mais détermination toutefois. Magiquement les gens s'écartent juste devant moi. Je ne m'arrêterais qu'en dernier recours les fois suivantes. L'avenue Libertador est maintenant parcourue au terme d'une bonne demi-heure. Je m'engage dans une des plus grandes avenues du monde, la 9 de Julio. Cette artère compte 18 voies de circulations, mais je n'en vois qu'une. Toutes les autres sont noires de monde. Un militaire est posté tous les 20 mètres. Malgré cela, j'ai l'impression que les barrières vont céder sous la pression des spectateurs euphoriques.
Comment ne pas être ravi de cet hommage ? Je cède, je l'avoue, á l'ivresse de la popularité. Mais le sentiment d'usurper le rôle d'un champion que je ne suis pas m'empêche de jouir complètement de la situation. J'essaye en vain de modérer les excès d'enthousiasme de la foule par une attitude des plus sobres. Ces gens sont venus chercher de l'émotion et de l'intensité. Peu importe la réalité qui se cache sous le casque. Certains parents prennent des risques insensés pour forcer leurs enfants á me toucher, convaincus que cela portera chance á leur progéniture. J'aperçois de temps á autre des personnes qui pleurent, victimes certainement de leur sensibilité et de la liesse populaire. Nous sommes célébrés comme des demi Dieu, comme des libérateurs.
La réponse á ce phénomène est peut être là. Nous sommes, je crois, perçus comme des libérateurs de la platitude du quotidien et de la morosité latente. En vérité nous ne sommes que des enfants gâtés vivant un rêve égoïste, des privilégiés nantis en quête d'aventure.
La réponse á ce phénomène est peut être là. Nous sommes, je crois, perçus comme des libérateurs de la platitude du quotidien et de la morosité latente. En vérité nous ne sommes que des enfants gâtés vivant un rêve égoïste, des privilégiés nantis en quête d'aventure.
Dois je être dérangé par cette illusion ou bien dois je me réjouir d'avoir donné un peu de rêve et de courage á tous ces gens ?
Je ne suis pas encore certain de la réponse. En fait je suis très partagé.
